SPQR est l’abréviation de Senatus Populusque Romanus, une formule latine qui se traduit par « le Sénat et le peuple romain ». Ce sigle condensait en quatre lettres l’ensemble du pouvoir politique de Rome, depuis les institutions républicaines jusqu’à l’administration impériale.
SPQR : une formule juridique avant d’être un symbole
La formule Senatus Populusque Romanus n’est pas un slogan. Elle désigne les deux corps constitutifs de l’autorité publique romaine : le Sénat, assemblée des anciens magistrats, et le Populus, c’est-à-dire l’ensemble des citoyens réunis en assemblées (comices). Le mot Populusque, avec le suffixe enclitique « -que », signifie littéralement « et le peuple ».
A lire aussi : Véronique et Davina: Deux femmes aux parcours extraordinaires
Cette dualité est le fondement du droit public romain sous la République. Les lois votées par les comices n’avaient de valeur qu’après ratification sénatoriale, et inversement, les décisions du Sénat (senatus-consultes) tiraient leur légitimité du peuple souverain. SPQR exprimait donc un équilibre institutionnel, pas une simple appartenance culturelle.
Son utilisation officielle est attestée à partir de la fin de la République romaine, autour de 80 av. J.-C. On retrouve la formule sur les monnaies, les inscriptions publiques, les bornes militaires et les arcs de triomphe, comme celui de Titus à Rome.
A découvrir également : Flora Moussy : Origine et parcours de cette personnalité médiatique
Le sigle SPQR sous l’Empire romain : continuité ou fiction politique

Avec l’avènement d’Auguste et la transformation de la République en principat, le pouvoir réel bascule vers l’empereur. Le Sénat conserve un rôle formel, mais les décisions stratégiques (politique militaire, fiscalité, nominations) relèvent désormais du prince.
Le sigle SPQR continue malgré tout d’apparaître sur les monuments, les inscriptions et les étendards militaires. Cette persistance n’est pas anodine : elle participe d’une fiction constitutionnelle que les empereurs entretiennent pour légitimer leur pouvoir. Tant que la formule figure sur les édifices, le régime peut se présenter comme un prolongement de la République.
Les sénateurs, de leur côté, restent un ordre social de premier plan. Leur coopération est utile à l’administration de l’Empire. Maintenir SPQR sur la monnaie et les bâtiments publics, c’est rappeler que l’empereur gouverne avec le Sénat, pas contre lui, même quand la réalité dit le contraire.
Branding urbain à Rome : SPQR sur les plaques d’égout et les fontaines
Quiconque marche dans les rues de Rome croise les lettres SPQR des dizaines de fois par jour. Le sigle est gravé sur les fontaines publiques, moulé sur les plaques d’égout, imprimé sur la signalétique municipale et intégré au blason officiel de la ville.
Cette omniprésence relève d’une stratégie de branding territorial assumée par la municipalité. L’objectif est de créer une continuité narrative entre la Res publica antique et la capitale contemporaine. Les éléments concrets de cette stratégie sont visibles sur :
- Les regards de chaussée et bouches d’égout en fonte, frappés du sigle depuis le XIXe siècle et toujours produits sur ce modèle
- Les fontanelles (petites fontaines à eau potable), où SPQR apparaît systématiquement sur le corps en métal
- Le blason municipal, qui associe les quatre lettres au pourpre et à l’or, couleurs du Sénat romain
- La signalétique touristique et les panneaux de direction, où le sigle sert de marqueur d’identité visuelle
Aucune autre ville européenne ne dispose d’un sigle antique aussi intégré à son mobilier urbain. Ce n’est pas de la décoration : c’est un acte politique qui réaffirme, à chaque coin de rue, une filiation revendiquée avec la Rome républicaine.
Récupérations politiques et détournements humoristiques du sigle SPQR

Un sigle aussi chargé ne traverse pas les siècles sans être instrumentalisé. Depuis le milieu des années 2010, des mouvements identitaires et néo-fascistes italiens utilisent SPQR comme marqueur idéologique. On le retrouve sur des banderoles de groupes de supporters, des graffitis militants et du merchandising qui promeut une vision ethnique et guerrière de Rome, en rupture complète avec le sens institutionnel originel.
Cette récupération pose un problème concret : elle brouille la lecture du sigle dans l’espace public. Un tatouage SPQR peut signifier un attachement à l’histoire romaine, un lien avec la ville de Rome ou, dans certains contextes, une affiliation idéologique. Le sens dépend entièrement du porteur et du contexte.
À l’opposé du spectre, la culture populaire produit depuis longtemps des détournements humoristiques. Les Romains d’Astérix et Obélix portent le sigle sur leurs étendards, et les fans de la bande dessinée l’associent davantage à l’humour gaulois qu’à la politique sénatoriale. Le club de football AS Roma a également contribué à ancrer SPQR dans l’imaginaire sportif en l’intégrant à son identité visuelle.
Dans les jeux vidéo et les séries télévisées, le sigle apparaît fréquemment comme élément de décor « romain générique », souvent sans distinction entre les périodes républicaine et impériale. Cette esthétisation tend à dépolitiser la formule, la réduisant à un marqueur visuel d’Antiquité romaine.
Senatus Populusque Romanus : les variantes latines et les pièges de traduction
La traduction standard, « le Sénat et le peuple romain », masque une ambiguïté grammaticale. Le mot « Romanus » est au nominatif singulier et s’accorde avec « Populusque », pas avec « Senatus ». Certains latinistes ont proposé la lecture « Senatus Populusque Romanorum » (génitif pluriel, « des Romains »), mais les inscriptions épigraphiques attestées utilisent bien Romanus au nominatif.
Par ailleurs, le « Populus » dans la formule ne désigne pas la plèbe au sens sociologique. En droit romain, Populus Romanus englobe l’ensemble des citoyens, patriciens et plébéiens confondus, réunis en corps politique. La distinction avec les Quirites (citoyens en tant qu’individus privés) existe, mais dans SPQR, c’est le peuple en corps constitué qui est visé.
Sur les inscriptions anciennes, la graphie présente souvent des points séparateurs entre les lettres (S.P.Q.R.), une convention épigraphique courante en latin. L’absence de points dans l’usage moderne est une simplification typographique, pas un changement de sens.
La formule a aussi engendré des imitations dans d’autres villes. Plusieurs cités italiennes ont adopté des devises calquées sur le modèle romain, en remplaçant « Romanus » par leur propre gentilé. Ces dérivations confirment le statut de SPQR comme matrice politique et symbolique du monde latin.

